Le Grand Paris Culturel: du musée de la Radio et de la Télévision à Jean-Louis Bory

© Ville d'Aubervilliers

A l’occasion d’une rencontre avec le Président de l’INA – Mathieu Gallet – et d’un déplacement à Aubervilliers lors duquel j’ai pu approcher différentes installations du « Projet Canal – Porte d’Aubervilliers », notamment le centre commercial Le Millénaire conçu par Antoine Grumbach et porté par le promoteur Icade, mon attention a été attirée sur l’idée d’un Musée de la Radio et de la Télévision.

Une initiative privée existe déjà et le projet mérite à mon sens d’être approfondi. Je n’aime pas l’expression de « musée », appliquée à la radio et à la télévision. Il ne s’agit pas, en l’espèce, de « muséifier » mais bien au contraire de redonner vie aux sons et aux images qui, désormais numérisés sont à la fois sauvés et disponibles. Ces images, voix, musiques constituent une mémoire à triple dimension:

  • D’abord la mémoire de la radio et de la télévision sont deux média qui ont connu des bouleversements immenses: leur histoire est là et ne demande qu’à être exploitée.
  • Ensuite la mémoire de notre pays: tout ce qui a fait l’histoire de notre peuple et de notre pays, dans sa dimension tragique comme dans ses composantes quotidiennes est dans ces archives, au service du futur Musée de l’Histoire de France…
  • Enfin, et je voudrais insister sur ce dernier aspect: la mémoire de chacun d’entre nous, notre « madeleine » sonore et visuelle a été conservée. Nous avons tous grandi avec la radio et la télévision…
La dernière génération qui était née « avant » elles disparaît, et aujourd’hui chacun et chacune d’entre nous a une partie de sa mémoire qui se confond avec celle des deux média. Leurs archives, quand elles sont exploitées et utilisées au service d’émissions d’aujourd’hui, fascinent et bouleversent: elles font remonter des souvenirs, nous offrent un voyage personnel dans le temps, dans notre temps existentiel.
De cet aspect je ne voudrais donner qu’un exemple, celui de l’émission « Le Masque et la Plume ». Je ne parlerai que de cette émission – qui a fêté ses 50 ans et qui vit toujours – et que d’un seul point de vue: celui que nous offre la publication d’un petit livre de Daniel Garcia (le fidèle mémorialiste de Jean-Louis Bory et de Janine Marc-Pézet) « C’était Bory » aux Editions Cartouche. Le 11 juin 1979, Jean-Louis Bory se tirait une balle dans le coeur, dans sa chère propriété de Méréville. Cet acte insensé mettait un terme à la carrière de ce météore de la vie littéraire française: inspiré, brillant, subtil, Jean-Louis Bory était écrivain, journaliste, critique littéraire et de cinéma. Il avait toutes les qualités rares qui font la « race » d’un auteur. Mais au-delà de son prix Goncourt (« Mon village à l’heure allemande »), de son courageux « coming-out » (« Ma moitié d’orange »), c’est le Jean-Louis Bory du Masque et la Plume qui reste dans nos mémoires.

© Wikipédia

En 2005, on a fêté les 50 ans de cette émission qui a formé – le mot n’est pas trop fort – toute une génération, à laquelle j’appartiens.  Ses duos avec Georges Charensol, ses dialogues complices avec François-Régis Bastide, que j’ai bien connu lors de mon passage à l’Unesco, nous « scotchaient » littéralement. Et précisément ce petit ouvrage « C’était Bory » contient deux CD qui restituent les meilleurs moments de ces émissions. Un florilège choisi par Janine Marc-Pézet, qui a travaillé à l’ORTF avec Pierre Schaeffer, et dirige l’Atelier Mémoire de Radio France.
Il faut réécouter Jean-Louis Bory faire des étincelles inimaginables aujourd’hui avec du bois aussi incandescent que les films de l’époque (« Le Mépris », « Viva Maria », « Le Religieux », « Les Damnés », « Le Boucher », « Le Dernier Tango à Paris », « India Song », « Police Python », « Casanova », « La Guerre des Etoiles », « Une journée particulière », etc.). La célébration des 50 ans avait déjà été  à l’origine d’un livre anniversaire et des restitutions d’émissions offertes sous forme de CD.
Mais aujourd’hui c’est la fête à Bory ! Au lycée Jacques Decour où j’étais inscrit et où j’ai préparé mon Bac, il y avait nos professeurs issus pour la plupart de la Résistance communiste; il y avait les écrivains invités (Jean Giono et Guéhenno); et il y avait notre professeur invisible, à la voix unique, légère, virevoltante, qui faisait et défaisait nos jugements: Jean-Louis Bory…
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