L’immersion dans les transports du Grand Paris

Le Grand Paris a débuté par un projet de transports. Qui dit projet de transports dit mobilité, avec des lieux spécifiques, des itinéraires particuliers, et donc des opportunités de rencontres, d’étonnement, d’interrogations, etc. Tout un kaléidoscope de situations individuelles et collectives qui crée un affect partagé dont le spectre va de la désespérance extrême à la rencontre permanente de l’autre. Cette mobilité n’est pas qu’affaire d’investissements, de nouvelles rames et de nouvelles gares, elle implique des êtres humains et des flux incessants de voyageurs.

La plongée et l’immersion deviennent alors d’immenses espaces d’investigation culturelle, comme en attestent les deux ouvrages de Joy Sorman « Paris Gare du Nord » (L’Arbalète Gallimard), et d’Anne-Louise Sautreuil (« RER mon amour. Un an sur les rails » (Fayard).

La lecture du premier nous conduit dans les arcanes d’une grande gare parisienne, au gré des départs et des arrivées, des impondérables et des situations de crise, dans des lieux où la « privation » de l’espace public est à l’œuvre (référence à la suppression des bancs publics pour éviter que s’y installent des sans-abri), où conflit et affection se croisent, comme autant de destins qui usent les sols colorés de la SNCF et de la RATP. En gare du Nord, deux mondes se superposent : celui des métros et des trains de banlieue, et celui de l’Eurostar, porte d’entrée (ultra) sécurisée vers l’Europe… Dans le RER, ce mélange relève plus de la combinaison sociologique des usagers : hommes d’affaires, banlieusards, cadres supérieurs, marginaux. Entente cordiale, on se voit mais on ne se parle pas.

Si Joy Sorman n’est durant son étude, jamais montée dans un train, Anne-Louise Sautreuil a quant à elle usé les sièges du Réseau Express Régional pendant une année, tissant des liens intimes au sein d’un espace qui incarne le contraire, allant de rencontres attachantes en découvertes cocasses. Elle parvient  à faire d’un lieu ordinaire le théâtre d’actions extraordinaires, où comment la routine des transports rythme en réalité de palpitantes aventures quotidiennes. Le trait d’union entre ces deux ouvrages reste bel et bien le perpétuel contact avec « la matière humaine » – comme le rappelle Anne-Louise Sautreuil dans une interview accordée au magazine Megalopolis – à laquelle les deux écrivaines sont allées se frotter.

Autre style mais démarche similaire avec les sites The Ground et Le Tigre, qui viennent compléter cette aventure dans les transports du Grand Paris. A l’aune de ces deux articles, on sent bien que sous la terre, l’espace et le temps ne comptent plus, la lumière se fait rare et l’air est vicié. Et pourtant c’est un monde étonnant de vie qui s’agite sous nos pieds, à la fois familier et attachant. Après avoir lu ces récits d’immersion, vous saurez qu’il est bon de bouquiner au bout de la station Passy, mais aussi que le métro parisien traverse cinq fois la Seine et une fois la Marne, ou encore que la station Saint-Lazare sur la ligne 14 représente un cadran d’horloge…

Gare au retour à la surface !

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