« El Gusto » de Safinez Bousbia, la célébration du chaâbi

 

Le « chaâbi », musique populaire jouée, avant l’indépendance de l’Algérie, dans la Kasbah d’Alger, a été structurée par El Anka qui a servi de guide, de référence, de père de cette musique envoûtante.

Mélange de musique andalouse et arabe, pratiquée par des musiciens juifs et musulmans, unis dans la même dévotion, cette expression populaire a été victime de l’austérité décrétée très tôt par le FLN et par l’insécurité générée par l’OAS : les algériens, arabes, depuis les années 30 et jusqu’aux années 60, avaient pris goût à ce type de plaisirs.

Le chaâbi  était notamment soutenu par les petits caïds, maquereaux et commerçants enrichis d’Alger, autour du port et de ses trafics.

Mais le chaâbi  était aussi la musique des fêtes juives, musulmanes : on invitait les orchestres à jouer dans les cafés de la Kasbah, à l’occasion d’évènements familiaux importants, ceux qui entouraient les mosquées ou les synagogues.

Un coup d’arrêt fut porté, entre 1960 et 1962, et l’indépendance fit exploser les orchestres…

Une femme s’est attachée à faire revivre cette musique : Safinez Bousbia.

Sa double nationalité – d’origine irlandaise elle est dans son cœur algérienne – lui ont permis de remonter les pistes qui conduisaient aux lieux, aux hommes, aux répertoires, aux instruments du chaâbi , et un orchestre est né : el Gusto.

En sont issus un film, magnifique documentaire, deux concerts au Rex qui ont enflammé les algériens de Paris, un CD issu des concerts de Marseille et de Bercy, où furent « rodées » les musiques et la mise en scène.

Ce fut un exemple très réussi de ce que le Grand Paris culturel peut accueillir : patrimoine, recréation, mémoire, ferveur populaire, références culturelles partagées…

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