La journée du livre politique: mes préférences

Samedi 4 février s’ouvre à l’Assemblée Nationale, la 21ème Journée du livre politique. Cette manifestation conçue et organisée par Luce Perrot est exemplaire à plus d’un titre. Elle rassemble plus d’une centaine d’auteurs de livres politiques et couvre par des débats de haut niveau plusieurs thématiques qui sont au coeur des affrontements politiques et idéologiques de notre pays. Un esprit de tolérance, de courtoisie et la qualité des intervenants confèrent à ces rencontres un certain état d’esprit rare et qui mérite d’être donné en exemple.

Parmi les ouvrages de la saison éditoriale 2011-2012, plusieurs traitent de la question ou des questions culturelles. Je vais en évoquer certains dans les jours qui viennent. Ils relèvent de genres différents, même si leurs auteurs appartiennent tous à l’univers culturel et en sont de fins connaisseurs.

Je parlerai aujourd’hui du livre de Frédéric Mitterrand, « Le désir et la chance ». La semaine prochaine, j’évoquerai celui de Christophe Girard « Le petit livre rouge de la culture » ainsi que celui d’Olivier Poivre d’Arvor « Culture, état d’urgence », et enfin du brûlot de Frédéric Martel « J’aime pas le sarkozysme culturel ».

Aujourd’hui je commencerai par le livre de Frédéric Mitterrand, « Le désir et la chance ». Publié chez Robert Laffont, c’est un « récit » de son action rue de Valois. Mais il va bien au-delà d’une description des grands domaines de la politique publique culturelle (spectacle vivant, grands travaux et patrimoine, révolution numérique, etc.). Il est aussi un livre « d’exercice de l’Etat » dont l’intérêt réside dans l’originalité et la singularité de son auteur, homme libre, servi par une grande intelligence, une courtoisie extrême, une sensibilité exacerbée et qui raconte – au filtre de ses qualités – l’extrême complexité de l’action publique. Il a du affronter beaucoup de vents contraires, certains dans la logique d’un système difficile à faire évoluer, d’autres dans un esprit d’agression personnelle, odieux et indigne de notre démocratie.

J’ai suivi attentivement son action et lu avec intérêt le bilan qu’il a dressé. Il le fait avec modestie, ce qui me paraît peu justifié, et avec courage ce qui me semble devoir être souligné. Loin d’être limité, ce bilan apparaîtra avec le recul beaucoup plus important que ne veulent le dire ses détracteurs: ses combats budgétaires, son engagement dans le dossier des droits d’auteur, de la révolution numérique, du spectacle vivant, du patrimoine, du soutien à la presse, et bien sûr d’autres questions, n’ont pas toujours été compris et soutenus. Et pourtant, il a su faire preuve de loyauté à l’égard du Chef de l’Etat, de pugnacité à l’égard des élus, de sensibilité envers les acteurs et les opérateurs culturels, et d’habileté avec son administration et ses services.

Il s’est inscrit dans la géographie culturelle – au-delà de l’homme de cinéma, de télévision qui nous a enchanté – sous un habit nouveau, celui d’un administrateur politique original toujours, séduisant quand il le fallait, et qui a marqué la rue de Valois d’une empreinte subtile et durable.

Frédéric Mitterrand n’a manqué ni de désir ni de chance. Le premier visait à bien faire. La seconde à pouvoir le faire. Son livre illustre cette voie étroite qu’empruntent les ministres de la Culture qui se succèdent certes, mais qui se distinguent toujours…

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