Un classement des Capitales culturelles dans le monde ?

Il m’a paru intéressant de mettre à votre disposition une analyse du “World Cities Culture Report 2012”.- Un article signé de Bernard Faivre d’Arcier et de moi-même avait déjà été publié sur Huffington post en réaction à ce classement. Il contestait l’aspect trop « quantitatif » de ce rapport centré sur les performances commerciales des industries culturelles.

Cette étude comparative de la situation culturelle de 12 grandes villes du monde fait suite à un précédent rapport : « London : a cultural audit » paru en 2008, qui avait servi au Maire de Londres de l’époque Ken Livingstone, puis à Boris Johnson, le Maire actuel, à définir la stratégie culturelle de la Capitale britannique.

Ce rapport a été rendu public à l’occasion de l’Olympiade culturelle qui accompagne les Jeux Olympiques. Il a été commandité par le « London Culture Strategy Group » et réalisé par une Société privée de consultants : BOP Consulting, une entreprise spécialisée et connue dans les études culturelles.

Dans le contexte actuel d’une concurrence affichée des métropoles modernes, le Maire de Londres s’est appuyé sur l’exploitation optimisée des jeux Olympiques pour déclarer la capitale britannique comme la plus importante métropole européenne du XXIème siècle.

L’étude, annoncée comme étant la plus sérieuse réalisée à ce jour a été abondamment commentée par la presse britannique, américaine et même indienne. Mais seulement 3 lignes en ont fait l’écho en France. Elle recourt à 60 indicateurs et porte sur la situation culturelle de 12 « villes-monde » : Berlin, Istanbul, Johannesburg, Londres, Mumbaï, New York, Paris, Sao Paulo, Shanghai, Singapour, Tokyo et Sydney.

Ses auteurs se défendent d’avoir voulu établir un classement des Grandes Villes Culturelles. Cela n’a pas empêché ABC News aux USA de publier un classement des villes selon des critères que l’on peut qualifier de simplistes. On y trouve en effet des musées, espaces verts, salles de concert, théâtres, clubs de comédie, galeries d’Art, cinémas, librairies, des restaurants étoilés au guide Michelin, des discothèques et même des bars. Dans ce rapport, la France est distinguée par le nombre de ses cinémas (par habitant) et ses monuments classés au patrimoine mondial de l’UNESCO…

L’idée de rédiger un tel rapport existait en France et a fait l’objet de groupes de travail, dans le cadre de la mission pour le développement culturel du Grand Paris, sur la mise en place d’un classement des métropoles culturelles mondiales, (Rapport sur l’attractivité culturelle et artistique des métropoles). Les critères relevés par ces approches se différenciaient déjà et relevaient davantage du caractère social et qualitatif de la culture que de son caractère purement quantitatif et économique.

Si le “World Cities Culture Report 2012” s’articule autour de trois parties : Le rôle de la culture dans les villes-Monde, l’étude des données et le portrait des villes, deux axes de réflexion posent question.

I- La justification et le choix des critères
II- Le classement tel qu’il ressort des critères choisis.

I- La justification des critères

A – Contexte

Mentionnés dans le rapport, le brassage des peuples, le déplacement rapide des populations et leur intégration, sont des éléments incontournables à tout constat. Exemple : La cohésion sociale et raciale prend tout son sens à Johannesburg.

Les politiques de tous les pays reconnaissent la culture comme un élément primordial dans les priorités et la stratégie du développement urbain. Facteur d’unification entre des peuples que tout oppose et qui doivent cohabiter sur un même territoire, elle est aussi facteur de richesse et créatrice d’emploi. Dans un monde globalisé, la culture permet aux capitales de se démarquer : Erudition de la population, attractivité pour « la matière grise ». Les capitales des pays émergeants sont également conscientes du fait que la culture est déterminante pour leurs futurs succès économiques.

Les 12 villes sélectionnées connaissent des challenges propres à leur histoire et à leur situation géographique, politique et économique. :
– Comment concilier tradition et modernité – pour Paris, la question est clairement posée, outre son capital historique, comment faire reconnaître sa culture contemporaine ? en un mot, comment ne pas laisser cette grande cité se reposer sur ses lauriers ?
– Comment conserver sa spécificité dans un monde globalisé sans instaurer un protectionnisme improductif ?
– Comment optimiser infrastructures et fréquention ?

Deux stratégies semblent communément appliquées :

– Amplifier le rôle de la culture comme moteur de modernisation des infrastructures
– Développer les partenariats publics/privés.

B – les paramètres

L’héritage culturel, la culture littéraire, les Arts du spectacle, films et jeux, le peuple et le talent, vitalité culturelle et diversité ont été choisis pour mesurer la qualité et l’attractivité culturelle des villes.

Il est entendu que les critères donnent lieu à des interprétations selon les pays. La source des données est également variable. Certains pays, notamment les pays émergents n’ont pas encore mesuré ni étudié la portée culturelle de leur pays, encore moins son implication dans l’économie (Mumbaï par exemple)

D’autres critères sont prévus pour des qualifications futures tels que la contribution de la culture « informelle », les nouveaux procédés de consommation culturelle (numérique), attirent ils les personnes, pourquoi, comment ? Le rôle des artistes, des créatifs dans le tissus économique des villes…
Malgré l’absence de ces paramètres, cette base de données, selon le rapport, permet de mesurer comment des éléments tels que le PIB, la diversité et les taux de participation peuvent être liés.

II- Le classement tel qu’il ressort des critères choisis.

A- Tenir compte de la particularité des villes

Le Forum a eu lieu lors du Sommet des Maires en aout 2012 pendant les jeux Olympiques et Paralympiques de Londres. Il a permis d’exploiter le partage d’idées et d’expériences de chaque cité : Confronter la culture de Sydney, tournée vers les manifestations en pleine air, portée par son climat clément et ses paysages grandioses avec Tokyo, modelé par une culture égalitaire et collective…
L’idée était d’en faire ressortir les enjeux communs, comparer les approches et partager les projets et les investissements. Il est prévu de donner des suites régulières à ces rencontres.

Les villes ne sont pas toutes à la même enseigne et sont confrontées à des challenges, tous différents en fonction de leur notoriété, de leur richesse, de l’importance de leurs traditions dans leurs projets de développement et leur soucis de conserver leur identité culturelle dans un monde globalisé.
Comment concilier l’expression artistique, les spécificités nationales et les opportunités d’un monde en pleine mutation ?
Le rapport annonce une grande richesse de données propices à une analyse exhaustive.

Il est surprenant de voir que ces constats ne sont pas repris dans le choix des critères du classement culturel des villes-monde. Les structures culturelles sont comptées, les performances commerciales des industries commerciales sont mesurées mais des données telles que l’accès des citoyens aux services culturels, la sociabilité, la dynamique culturelle des territoires, la créativité des artistes, le droit à la culture ne sont pas pris en compte.

B- Le classement

Les 60 indicateurs au nombre desquels ont trouve : musées, espaces verts, salles de concert, théâtres, clubs de comédie, galeries d’Art, cinémas, librairies, des restaurants étoilés au guide Michelin, des discothèques, bars donnent un classement des villes possédant le plus grand nombre d’établissements dans les catégories indiquées :

– Les musées nationaux : Shangaï
– Pourcentage d’espaces verts : Singapour
– Bibliothèques publiques pour 100 000 habitants : Sydney/Tokyo
– Cinémas (par millions d’habitants), sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, les galeries d’Art : Paris
– Restaurants pour 100 000 habitants, restaurants étoilés au Michelin : Tokyo
– D’autres sites historiques / patrimoine : Istanbul
– Représentations théâtrales par an : New York
– Librairies rares et d’occasion : Johannesburg
– Boites de nuit et discothèques : Sao Paulo

L’examen du caractère et de l’importance de la culture dans les villes du monde est donc fait.

On pourra cependant s’interroger : Que mettre dans le mot « culture » avant d’établir un classement des 12 villes culturelles du monde ? Le rapport répond- il à cette question ? Il semble que non. Le constat selon lequel « The world is not flat » est acquis mais la dimension que l’on donne au mot culture doit être redéfini pour permettre une analyse fédératrice. La description et la liste des infrastructures ne suffisent plus à mesurer la dimension de la culture moderne. Précisément parce que cette notion est à présent porteuse de trop d’interprétations, d’éléments et d’enjeux pour être réduite à la présentation d’un catalogue.

The world cities culture report : http://www.worldcitiesculturereport.com/sites/all/themes/wccr/assets/pdfs/WorldCitiesCultureReport-lowres.pdf

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